Les oiseaux de passage

Jean Richepin (1876) / George Brassens (1969)

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : ” C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. “

Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

Veuillez accepter les cookies YouTube pour lire ces vidéos. En acceptant, vous accéderez au contenu de la playlist ci-dessous sur YouTube, un service fourni par un tiers externe.


Politique de confidentialité YouTube

Si vous acceptez, votre choix sera enregistré et la page se rechargera.

La Javanaise

Serge Gainsbourg (1963)

Un soir de l’été 1962, Juliette Gréco et Serge Gainsbourg passent la soirée à écouter des disques en buvant du champagne dans l’immense salon de la chanteuse, au 33 rue de Verneuil à Paris. Le lendemain, Serge Gainsbourg lui offre “La Javanaise”.
(cf. Wikipedia)

J’avoue j’en ai bavé pas vous
Mon amour
Avant d’avoir eu vent de vous
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

À votre avis qu’avons nous vus
De l’amour
De vous à moi vous m’avez eu
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

Hélas avril en vain me voue
À l’amour
J’avais envie de voir en vous
Cet amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise

Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

La vie ne vaut d’être vécue
Sans amour
Mais c’est vous qui l’avez voulu
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

Sinnerman

Nina Simone (1965)

Oh, Sinnerman, where you gonna run to?
Sinnerman, where you gonna run to?
Where you gonna run to?
All on that day

Well I run to the rock, please hide me
I run to the Rock, please hide me
I run to the Rock, please hide me, Lord
All on that day

But the rock cried out, I can’t hide you
The Rock cried out, I can’t hide you
The Rock cried out, I ain’t gonna hide you guy
All on that day

I said, “Rock, what’s a matter with you, Rock?”
“Don’t you see I need you, Rock?”
Lord, Lord, Lord
All on that day

So I run to the river, it was bleedin’
I run to the sea, it was bleedin’
I run to the sea, it was bleedin’
All on that day

So I run to the river, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
All on that day

So I run to the Lord, please hide me Lord
Don’t you see me prayin’?
Don’t you see me down here prayin’?

But the Lord said, “Go to the devil”
The Lord said, “Go to the devil”
He said, “Go to the devil”
All on that day

So I ran to the devil, he was waitin’
I ran to the devil, he was waitin’
Ran to the devil, he was waitin’
All on that day

I cried, power
(Power to da Lord)
Power
(Power to da Lord)
Power
(Power to da Lord)
Power

Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)

Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Oh yeah, oh yeah, oh yeah

Well I run to the river, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
All on that day

So I ran to the Lord
I said, “Lord hide me, please hide me”
“Please help me”
All on that day

He said, “Child, where were you
When you ought a been prayin’?”
I said,”Lord, Lord, hear me prayin'”
Lord, Lord, hear me prayin’
Lord, Lord, hear me prayin'”
All on that day

Sinnerman you ought a be prayin’
Ought a be prayin’, Sinnerman
Ought a be prayin’
All on that day

I cried, power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Go down
(Power to the Lord)
Go down
(Power to the Lord)
Go down
(Power to the Lord)

Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Oh woh, power, power, Lord
Don’t you knew
Don’t you know, I need you Lord?
Don’t you know that, I need you?
Don’t you know that, I need you?
Power, power, power Lord

Veuillez accepter les cookies YouTube pour lire ces vidéos. En acceptant, vous accéderez au contenu de la playlist ci-dessous sur YouTube, un service fourni par un tiers externe.


Politique de confidentialité YouTube

Si vous acceptez, votre choix sera enregistré et la page se rechargera.

Heroes

David Bowie et Brian Eno (1977)

songfacts.com : Heroes

I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can beat them, just for one day
We can be Heroes, just for one day

And you, you can be mean
And I, I’ll drink all the time
Cause we’re lovers, and that is a fact
Yes we’re lovers, and that is that
Though nothing will keep us together
We could steal time, just for one day
We can be Heroes, for ever and ever
What d’you say?

I, I wish you could swim
Like the dolphins, like dolphins can swim
Though nothing, nothing will keep us together
We can beat them, for ever and ever
Oh we can be Heroes, just for one day

I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can be Heroes, just for one day
We can be us, just for one day

I, I can remember (I remember)
Standing by the wall (by the wall)
And the guns shot above our heads (over our heads)
And we kissed, as though nothing could fall (nothing could fall)
And the shame was on the other side
Oh we can beat them, for ever and ever
Then we could be Heroes, just for one day

We can be Heroes
We can be Heroes
We can be Heroes
Just for one day
We can be Heroes

We’re nothing, and nothing will help us
Maybe we’re lying, then you better not stay
But we could be safer, just for one day

Veuillez accepter les cookies YouTube pour lire ces vidéos. En acceptant, vous accéderez au contenu de la playlist ci-dessous sur YouTube, un service fourni par un tiers externe.


Politique de confidentialité YouTube

Si vous acceptez, votre choix sera enregistré et la page se rechargera.

That’s Entertainment

Paul Weller / The Jam (1980)

A police car and a screaming siren
A pneumatic drill and ripped up concrete
A baby wailing and stray dog howling
The screech of brakes and lamp light blinking

That’s entertainment, that’s entertainment

A smash of glass and a rumble of boots
An electric train and a ripped up ‘phone booth
Paint splattered walls and the cry of a tomcat
Lights going out and a kick in the balls

That’s entertainment, that’s entertainment

Days of speed and slow time Mondays
Pissing down with rain on a boring Wednesday
Watching the news and not eating your tea
A freezing cold flat and damp on the walls

That’s entertainment, that’s entertainment

Waking up at six am on a cool warm morning
Opening the windows and breathing in petrol
An amateur band rehearsing in a nearby yard
Watching the tele and thinking about your holidays

That’s entertainment, that’s entertainment

Waking up from bad dreams and smoking cigarettes
Cuddling a warm girl and smelling stale perfume
A hot summer’s day and sticky black tarmac
Feeding ducks in the park and wishing you were far away

That’s entertainment, that’s entertainment

Two lovers kissing amongst the scream of midnight
Two lovers missing the tranquillity of solitude
Getting a cab and travelling on buses
Reading the graffiti about slashed seat affairs

That’s entertainment, that’s entertainment

Veuillez accepter les cookies YouTube pour lire ces vidéos. En acceptant, vous accéderez au contenu de la playlist ci-dessous sur YouTube, un service fourni par un tiers externe.


Politique de confidentialité YouTube

Si vous acceptez, votre choix sera enregistré et la page se rechargera.