Le dormeur du val

Arthur Rimbaud (1870) – Les Cahiers de Douai

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Allô

Benjamin Péret (1936) – Je Sublime, Editions surréalistes

Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin
mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes distraits
mon inondation de cassis mon papillon de morille
ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le printemps
mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil d’un puits
scintillant
glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux mouches de ton regard
perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies
je t’aime

Les oiseaux de passage

George Brassens (1969)

Ô vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ça lui suffit il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : “C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir.”

Elle a fait son devoir, c’est à dire que oncques
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameur sur un fleuve inconnu.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là cela n’est point hideux.
Ce canard n’a qu’un bec et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Ils n’ont aucun besoin de baiser sur les lèvres
Et loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Possèdent pour tout coeur un viscère sans fièvre,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Ô les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Regardez les passer ! Eux, ce sont les sauvages,
Ils vont où leur désir le veut, par dessus monts
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volailles comme vous.
Mais ils sont avant tout des fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

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Les oiseaux de passage

Jean Richepin (1876)

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ça lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : ” C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. “

Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

La Javanaise

Serge Gainsbourg (1963)

Un soir de l’été 1962, Juliette Gréco et Serge Gainsbourg passent la soirée à écouter des disques en buvant du champagne dans l’immense salon de la chanteuse, au 33 rue de Verneuil à Paris. Le lendemain, Serge Gainsbourg lui offre “La Javanaise”.
(cf. Wikipedia)

J’avoue j’en ai bavé pas vous
Mon amour
Avant d’avoir eu vent de vous
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

À votre avis qu’avons nous vus
De l’amour
De vous à moi vous m’avez eu
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

Hélas avril en vain me voue
À l’amour
J’avais envie de voir en vous
Cet amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise

Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

La vie ne vaut d’être vécue
Sans amour
Mais c’est vous qui l’avez voulu
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson

Sinnerman

Nina Simone (1965)

Oh, Sinnerman, where you gonna run to?
Sinnerman, where you gonna run to?
Where you gonna run to?
All on that day

Well I run to the rock, please hide me
I run to the Rock, please hide me
I run to the Rock, please hide me, Lord
All on that day

But the rock cried out, I can’t hide you
The Rock cried out, I can’t hide you
The Rock cried out, I ain’t gonna hide you guy
All on that day

I said, “Rock, what’s a matter with you, Rock?”
“Don’t you see I need you, Rock?”
Lord, Lord, Lord
All on that day

So I run to the river, it was bleedin’
I run to the sea, it was bleedin’
I run to the sea, it was bleedin’
All on that day

So I run to the river, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
All on that day

So I run to the Lord, please hide me Lord
Don’t you see me prayin’?
Don’t you see me down here prayin’?

But the Lord said, “Go to the devil”
The Lord said, “Go to the devil”
He said, “Go to the devil”
All on that day

So I ran to the devil, he was waitin’
I ran to the devil, he was waitin’
Ran to the devil, he was waitin’
All on that day

I cried, power
(Power to da Lord)
Power
(Power to da Lord)
Power
(Power to da Lord)
Power

Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)
Bring down
(Power to the Lord)

Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Oh yeah, oh yeah, oh yeah

Well I run to the river, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
I run to the sea, it was boilin’
All on that day

So I ran to the Lord
I said, “Lord hide me, please hide me”
“Please help me”
All on that day

He said, “Child, where were you
When you ought a been prayin’?”
I said,”Lord, Lord, hear me prayin'”
Lord, Lord, hear me prayin’
Lord, Lord, hear me prayin'”
All on that day

Sinnerman you ought a be prayin’
Ought a be prayin’, Sinnerman
Ought a be prayin’
All on that day

I cried, power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Go down
(Power to the Lord)
Go down
(Power to the Lord)
Go down
(Power to the Lord)

Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)
Power
(Power to the Lord)

Oh woh, power, power, Lord
Don’t you knew
Don’t you know, I need you Lord?
Don’t you know that, I need you?
Don’t you know that, I need you?
Power, power, power Lord

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